
Berlinde de Bruyckere
NEED
10 octobre — 30 décembre 2025
Galleria Continua
Pourquoi il faut y aller
Ses sculptures dérangeantes de cire et de lambeaux de tissus ont imposé Berlinde de Bruyckere comme une figure majeure de la scène contemporaine. Le travail de l’artiste flamande n’avait pas été montré à Paris depuis son exposition à la Maison Rouge en 2005.
Ce qu’on y voit
L’accrochage occupe une partie des espaces de la galerie, sur trois niveaux, et rassemble des sculptures et des compositions associant dessins et collages. La pièce la plus spectaculaire, Palindroom (2019) est placée au rez-de-chaussée. Il s’agit d’une sculpture obtenue à partir du moulage en cire d’une « jument fantôme », dispositif vétérinaire employé pour l’insémination artificielle des chevaux. La forme brutale et phallique de cet objet monumental renvoie à la dualité du masculin et du féminin souvent mis en tension par l’artiste, notamment dans sa Madonna del Parto. L’érotisme latent, la beauté des choses délaissées et des corps abîmés, l’ambivalence, la violence de la spoliation, sont quelques-unes notions qui irriguent cette exposition, nourrie de références à l’iconographie religieuse et classique.
On aime
Comme les patines de ses sculptures en cire, qui comportent de nombreuses couches, les niveaux de lecture des œuvres de Berlinde de Bruyckere sont multiples. On peut en avoir une approche intuitive ou un décryptage plus savant éclairé par ses emprunts à l’histoire de l’art.

Eric Baudart
Les circonstances sont neutres
11 octobre — 8 novembre 2025
Galerie Christophe Gaillard
Pourquoi il faut y aller
Consacré par une exposition personnelle au Crédac, à Ivry-sur-Seine, en 2023, le travail d’Eric Baudart est présent dans de nombreuses collections publiques et privées. Ce troisième solo à la galerie s’accompagne de la parution de sa première monographie.
Ce qu’on y voit
Des sculptures prenant pour point de départ un objet ou un matériau industriel, du radiateur de voiture aux lames de cutter, ou encore des spaghettis ultrafins, transmutés en œuvres d’art par l’attention méticuleuse de l’artiste, une intervention, un agencement, et leur introduction dans le White Cube de la galerie. Au mur, une nouvelle série de Papier millimétré, cartons encadrés, minutieusement lacérés, qui cette fois prennent pour support des images – un portrait d’Harvey Weinstein, une publicité pour une doudoune orange incrustée du portrait du président américain, une toile d’Olivier Mosset … Au centre de la pièce, la silhouette d’une chaise Butterfly, icône du design drapée d’une cote de maille légère qui la transforme en fantôme de l’artiste (Studio). En préambule, Rotor, un moteur corrodé posé sur une plaque d’acier, marque le passage du temps, ralenti par la pale lente d’un ventilateur.
On aime
Le sens de la scénographie mise en œuvre par l’artiste, au service d’une poésie de l’ordinaire.

Matt Browning
The Plastics
15 octobre — 22 novembre 2025
Galerie Edouard Montassut
Pourquoi il faut y aller
Défendu par la galerie allemande Buchholz, le travail de Matt Browning – que l’on a pu voir notamment au PS1, à New York dans le cadre du group show Hard Ground, en 2024 -, bénéficiera d’un solo au Kunstverein de Munich, en 2026. C’est sa première exposition à Paris.
Ce qu’on y voit
Des carrés de petit format, de mêmes dimensions mais de couleurs différentes, fixés au mur selon une disposition qui laisse entre eux de larges intervalles de vide, comme un flottement. Les surfaces miroitantes de ces formes cubiques, leur densité, leur épaisseur, en un mot leur matérialité, leur confèrent une sensualité qui rentre en contradiction avec cet accrochage minimal. Matt Browning s’intéresse à la sculpture : sa perception dans l’espace, sa relation au corps, le tout dans une grande économie de moyens. Les pièces présentées ici sont constituées de juxtaposition de couches de plastique thermo-rétractées les unes sur les autres. Sur son stand d’Art Basel Paris, la galerie présentera une sculpture issue d’une autre série, un bloc de bois taillé pour laisser apparaître des lignes géométriques bifaces entrelacées.
On aime
La radicalité de cette proposition qui s’inscrit dans une démarche conceptuelle tout en convoquant la lenteur et la précision du geste artisanal.

Nathanaëlle Herbelin
Et il est un lieu où tu ne pourras retourner
16 octobre — 22 novembre 2025
Galerie Jousse Entreprise
Pourquoi il faut y aller
Cheffe de file d’une génération de peintres nourris de peinture classique, Nathanaëlle Herbelin est l’une des artistes françaises les plus plébiscitées – du musée d’Orsay, qui lui a consacré un solo en 2024, à la plateforme de vente artnet où son nom pointe en tête des requêtes.
Ce qu’on y voit
Une vingtaine de peintures, sur toile et sur bois, de différents formats, produites ces derniers mois par l’artiste, connue pour sa pratique prolifique. Portraits (de ses ami.e.s, voisin.e.s …) autoportrait ( Enceinte 2 ), nature morte, scène de genre (Spiritisme) la plupart des tableaux de l’artiste, réalisés d’après modèles, dans une palette de bleu, de brun et de gris, sont le prolongement de sa vie et de ses questionnements. Quelques-uns (Le scénographe, 19h37, Iconoclaste) tendent vers l’abstraction. Tous parlent d’une façon de regarder le monde et de le représenter.
On aime
L’intemporalité de cette peinture contemporaine.

Gerhard Richter
20 octobre — 20 décembre 2025
David Zwirner
Pourquoi il faut y aller
Acclamé sur la scène internationale, lauréat de nombreux prix, on ne présente plus l’artiste allemand actif depuis le début des années 1960. La galerie Zwirner, qui défend son travail depuis 2023, lui dédie ce solo en écho à la rétrospective que lui consacre la Fondation Vuitton.
Ce qu’on y voit
Alors que la Fondation Vuitton déploie un parcours chronologique, la galerie choisit de réunir dans un même espace plusieurs tableaux issus de périodes clefs de Richter : des Photo-peintures des années 1990, des Tableaux abstraits du début des années 2000, des surfaces réfléchissantes comme de grands miroirs fixés au mur, ainsi qu’une monumentale sculpture de verre et d’acier posée au centre de l’espace à la façon d’un prisme. La seconde partie de l’exposition dévoile de nombreux dessins au crayon ou à l’encre, certains très récents, et un tableau de la série Strips témoignant de l’intérêt du peintre pour les technologies numériques.
On aime
Cette sélection de peintures, de dessins et d’installations de miroirs offre un précipité de l’œuvre de ce géant de l’art contemporain.

Chloé Delarue
TAFAA – OBSCENE TEARS
18 octobre — 27 décembre 2025
Galerie Frank Elbaz
Pourquoi il faut y aller
Depuis ses débuts en 2015, les installations hybrides de Chloé Delarue sont regroupées sous le titre TAFAA – pour Toward A Fully Automated Appearance. Ce projet imagine un futur pour les formes, organiques et technologiques, de notre présent.
Ce qu’on en sait
Au centre du dispositif de l’exposition, TAFAA – Daisy Chain (Unnecessary Doubt) prend la forme d’une sculpture assemblant la reproduction d’un tronc de chêne mort, une carcasse de rack informatique et la réplique d’un cadavre organique momifié. Chloé Delarue convoque une
« nécro-esthétique générative », esthétique fondée sur « la recomposition technique de matières culturelles mortes, où des systèmes génératifs absorbent les restes pour faire émerger de nouveaux modes de présence ».
On pourra aimer
Faute d’avoir pu voir l’exposition avant de boucler ce texte, on en est réduit aux hypothèses, intrigué bien sûr par cette tentative renouvelée de saisir un au-delà de nos représentations.

Agnes Scherer
Stargazing Masks
18 octobre — 6 décembre 2025
sans titre
Pourquoi il faut y aller
À travers ses installations, ses performances, ses peintures, mais aussi ses opérettes, Agnes Scherer pose sur nos sociétés un regard d’anthropologue biberonnée à l’histoire de l’art. En 2026, deux expositions personnelles lui seront consacrées, au Salzburger Kunstverein (Salzbourg) et à la Nicoletta Fiorucci Foundation (Londres). C’est son troisième solo à la galerie.
Ce qu’on y voit
Des compositions en papier découpé, certaines encadrées, d’autres comme des sculptures murales, ainsi qu’une installation mêlant au sol les artefacts d’une bouteille de champagne, de pochettes de disques et d’objets divers, à des feuilles mortes, des insectes en papier et à des fragments de corps en carton, têtes et bras, certains encore agrippés à leur écran de Smartphone. Un décor de lendemain de fête atomisé par la violence du réel qu’Agnes Scherer tente d’intégrer à son œuvre pour traduire son angoisse du monde tel qu’il va, tandis que le motif récurrent du masque, symbole de la condition humaine, semble poser dans ses tableaux les limites de la figuration face à l’absurdité ambiante.
On aime
Avec des moyens, feutres et papier, apparemment pauvres, qu’elle magnifie, Agnes Scherer traite de sujets sombres en usant d’une palette de couleurs vives dans ses compostions – qui ne sont pas sans évoquer les toiles de Matisse.






