Novembre 2025 : 7 expositions à voir en galeries

Yohan Hàn
SECOND NATION
20 octobre – 6 décembre 2025
Parliament Gallery

Pourquoi il faut y aller 

En défendant des artistes comme Florian Fouché, Nile Koetting ou Achraf Touloub, Parliament s’est forgée en quelques années la réputation d’une galerie prospective. Elle inaugure sa nouvelle adresse du Marais, plus spacieuse, avec ce deuxième solo de Yohan Hàn. 

Ce qu’on y voit 

Des sculptures en bronze aux formes géométriques de Chang-Jo Han (le père de l’artiste, connu pour ses œuvres tridimensionnelles reprenant l’alphabet coréen) posées sur des écrans plasma détournés en socles comme si leur obsolescence -programmée – était ainsi célébrée. D’énormes sphères en peau animale échouées au sol, offrent un contrepoint organique mouvant à la rigidité érigée de ces assemblages techno-calligraphiques. 

On aime 

Le sentiment, face à ce va-et-vient intergénérationnel entre la France et la Corée, d’être complètement Lost in translation

Roman Korovin
Saturday, Sunday
13 novembre – 17 décembre 2025
Paul Calligaro, Inc.

Pourquoi il faut y aller 

Paul Calligaro a repris l’espace au premier étage sur cour occupé jusqu’à l’été dernier par la galerie Petrine. Il y montre cet hiver, pour la première fois en France, la peinture de Roman Korovin, récemment distingué par le Prix Purvītis 2025 (distinction artistique biennale pour l’instant peu connue en dehors des frontières de la Lettonie). 

Ce qu’on y voit 

L’accrochage pensé par Paul Calligaro réunit une quinzaine de tableaux de Roman Korovin. Ces petits formats fonctionnent en diptyques ou en triptyques, lesquels déclinent un motif identique selon de légères variantes. Un jeu s’instaure pour déceler ces différences – de lumière, de cadrage, de tonalité – tandis qu’on s’exerce à deviner ce qui constitue le prétexte de la toile : quelques fleurs dépassant du rebord d’un balcon, une prise électrique au-dessus d’une plinthe, un verre à pied devant une fenêtre au crépuscule … Des sujets insignifiants saisis dans une palette de gris éteints, de bruns sombre, d’anthracite, de violine et de blancs crayeux. 

On aime 

Transformés en moments de peinture, ces « choses vues » séduisent autant par la mélancolie qui s’en dégage que par l’ironie légère du peintre, que soulignent certains des titres. 

Pauline Boudry & Renate Lorenz
Right Body, Wrong Time
19 octobre 2025 – 10 janvier 2026
Marcelle Alix

Pourquoi il faut y aller 

Pauline Boudry et Renate Lorenz forment un duo reconnu à l’international, notamment depuis qu’en 2019, elles ont représenté la Suisse à la 58ème Biennale de Venise avec l’installation filmique Moving Backwards. Leur travail porte essentiellement sur l’histoire et la représentation des personnes queer. 

Ce qu’on voit 

Les panneaux monochromes de cheveux synthétiques (Wig Pieces), et les chaines aux lourds maillons argentés suspendues aux murs (Chain Pieces) font partie du vocabulaire plastique de Pauline Boudry et Renate Lorenz. On peut voir dans ces métaphores du corps – désirant et entravé ? – des variations formelles sur le genre de la toile et de la sculpture. Une courte vidéo accueille le visiteur, introduisant la figure de la lanceuse d’alerte trans Chelsea Manning qui explique son lien vital à la musique. L’activiste anti-guerre est également au cœur d’une installation sonore et visuelle qui en livre un portrait, mixant face à la salle vide d’un club berlinois, magnifié par les mouvements de caméra.  

On aime 

Cette célébration d’une résistance festive, envers et contre tout.  

Kayode Ojo
Black Swan Moan
18 octobre – 29 novembre 2025
Balice Hertling

Pourquoi il faut y aller 

Figure montante de la scène new yorkaise, Kayode Ojo a exposé dans plusieurs institutions de premier plan (le MoMA PS1 à New York, le Kestner Gesellschaft à Hanovre, le Museum of Contemporary Art de Los Angeles) ainsi qu’à la Biennale d’Athènes en 2021. C’est son deuxième solo à la galerie. 

Ce qu’on y voit 

Composés de fausses fourrures, de strass, de chaînes métalliques et autres accessoires clinquants habillant des pupitres de musicien, les assemblages sculpturaux de Kayode Ojo hésitent entre le mannequin Stockman et le spectre. La panoplie de référence du plasticien, qui a longtemps eu la photo pour medium de prédilection, comporte aussi des paires de menottes, des fragments d’instruments de musique ou d’obstétrique, des flacons transparents… Sa scénographie théâtrale, évoquant un shooting de mode conceptuel flirtant avec l’exhibitionnisme queer, place le « white cube » sous vide.

On aime 

Kayode Ojo joue avec les codes de fabrication des images tout en ouvrant une alternative à la figuration. 

Valérie Favre
Un billet pour quatre pièces
8 novembre – 19 décembre 2025
Galerie Peter Kilchmann

Pourquoi il faut y aller 

Nommé pour le prix Marcel Duchamp en 2012, lauréate 2024 du très prestigieux prix suisse Meret Oppenheim, Valérie Favre est reconnue sur la scène internationale depuis la fin des années 1980. La galerie lui consacre un premier solo dans ses espaces parisiens. 

Ce qu’on y voit 

L’exposition rassemble plusieurs toiles de la série Lapine Univers initiée au début des années 2000 (double métaphorique de l’artiste dans un milieu de l’art essentiellement peuplé de figures masculines à ses débuts), ainsi qu’un ensemble de natures mortes mettant en scène la banalité radieuse d’objets du quotidien (verre à eau, table à repasser, miche de pain… ), enfin des toiles d’inspiration mythologiques (telle que La cuillère). Les Petits Théâtres de la Vie, collages minutieux sur papier, rappellent sa vocation première de comédienne. En vitrine, la toile abstraite Balls and Tunnels s’inscrit dans une recherche parallèle, poursuivie depuis deux décennies au rythme d’un tableau par an. 

On aime 

La matérialité autant que la versatilité de cette pratique picturale tenue à distance par une approche métaphysique.

Rirkrit Tiravanija
In Aliens We Trust
20 octobre – 22 novembre 2025
Galerie Chantal Crousel

Pourquoi il faut y aller 

À la fin des années 1990, la pratique interdisciplinaire de Rirkrit Tiravanija comptait parmi celles analysées par le critique et théoricien Nicolas Bourriaud, dans son désormais célèbre essai sur l’«Esthétique relationnelle ». Depuis, l’œuvre de l’artiste a bénéficié d’innombrables expositions dans des institutions internationales. Ce sont les tous derniers jours de ce solo « must see ». 

Ce qu’on y voit 

Le parcours de l’exposition occupe trois salles en enfilade d’un étage investi ponctuellement par la galerie, et par Rirkrit Tiravanija. Sculptures, toiles recouvertes de papier journal et de feuilles d’argent, photographies, robots aspirateurs parcourant une moquette immaculée, ready made…  Il faut s’attendre à être surpris par la scénographie de l’artiste, nourrie de références biographiques, historiques et non sans lien avec l’actualité, comme le laissent supposer les reproductions de journaux datés du 21 au 28 janvier 2025, semaine de l’investiture présidentielle américaine. 

On aime 

Le télescopage du présent avec l’histoire de l’art et l’histoire tout court, mise en perspective vertigineuse – et drôle – des constructions culturelles.

Manuela Marques
Vortex
6 novembre 2025 – 10 janvier 2026
Galerie Anne Barrault

Pourquoi il faut y aller 

Le corpus photographique de Manuela Marques ausculte les phénomènes naturels et les forces qui nous échappent. Elle a récemment fait l’objet d’expositions au Musée André Malraux du Havre (MuMa), au Centre d’Art contemporain du Domaine de Kerguéhennec et au Museu Nacional de Arte Contemporânea de Lisbonne (MNAC).

Ce qu’on y voit

Entre 2017 et 2021, Manuela Marques a séjourné dans l’archipel des Açores pour y mener un travail de recherche autour des volcans. L’exposition réunit plusieurs ensembles de photographies issues de ce projet. Natures mortes – comme ce feu de camp prêt à être allumé (Feu 3, 2022) – paysages, et portraits (L’œil du Cyclone 1 et 2) composent une vision intrigante d’une réalité vaguement inquiétante. À l’image de ces enregistrements sismiques sur papier fumé, vestiges d’observations passées (Records). En fin de parcours, la vidéo (Vortex) plan fixe d’un tourbillon de poussière dansant dans le désert, donne son titre à l’exposition. 

On aime

Cette façon d’observer et de saisir le réel (la surface de l’eau, le ciel, les mottes de terre …) sans élucider son mystère.

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