L’ART REMET LE SON

Le son n’a jamais été aussi présent dans les arts plastiques. Un phénomène qui, sans être nouveau, s’avère très actuel.

Mi-décembre, les visiteurs qui, intrigués par une faible lueur perçant à travers la vitrine passée au blanc de Meudon, ou avertis de l’événement, franchiront le seuil de la galerie Parliament, rue d’Enghien, découvriront … un espace vide. Mais celui-ci sera empli par une composition sonore, interlude entre deux expositions intitulé « Oasis (du consentement) ».

Lee Ufan © Copyright StudioLeeUfan / Photo by Claire Dorn

De la vibration d’un gong étiré sur plusieurs minutes dans l’exposition « Requiem » de Lee Ufan aux Alyscamps, à Arles, au paysage sonore de Bianca Biondi pour son installation « Daydream » à la Fondation Vuitton dans le cadre du programme OpenSpace#8, en passant par l’exposition « Resounding Songs » de Vanessa Enriquez au Drawing Lab ou encore par le projet d’exposition et de livre « Music – A Conversation Through Song Titles » [La musique – Une conversation en titres de chanson], du duo Admir Jahic et Comenius Roethlisberger à la fondation bâloise KBH.G… Le son, invoqué ou suggéré, s’impose dans le champ des arts plastiques.

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Bianca Bondi, The Daydream, 2021, Fondation Louis Vuitton, Paris © Adagp, Paris, 2021 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

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Vue de l’exposition « Carte blanche à Anne Imhof, Natures Mortes », Palais de Tokyo © Courtesy de l’artiste, Galerie Buchholz et Sprüth Magers / Aurélien Mole

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Note vibratoire associée à la spiritualité chez Lee Ufan qui investit la nef nue de l’Eglise Saint-Honorat, ambiance ésotérique chez Bianca Bondi, c’est un puissant vecteur atmosphérique. Sa seule évocation se suffit parfois à elle-même : percussions silencieuses ( Nature Morte de Anne Imhof au palais de Tokyo), titres de chansons griffonnés à la main (A Conversation Through Song Titles d’Admir Jahic et Comenius Roethlisberger à la fondation KBH.G) ou bandes magnétiques VHS déployant leurs courbes dans l’espace (Resounding Songs, Vanessa Enriquez, Drawing Lab). Le recours aux sonorités témoigne aussi parfois d’une volonté de décloisonner les disciplines, à la recherche d’une œuvre d’art totale, comme Catherine Lorent, dont le projet musical Gran Horno mêle, au cours d’installations immersives et de performances, les champs visuels et acoustiques.

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Vue de l’exposition, MUSIC – A Conversation Through Song Titles, Kulturstiftung Basel H. Geiger I KBH.G, Basel, 2021 © Photo: KBH.G.

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Vanessa Enriquez © Gilberto Güiza, Dust Studio / Drawing Lab

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Parenthèse entre deux expositions, « l’interlude » proposé par la galerie Parliament veut pour sa part amorcer une réflexion sur la mission d’une galerie – que montrer ? – et sur les promesses thérapeutiques de l’œuvre d’art dans une époque qui a fait du « care » un nouveau dogme. L’enseigne, qui souhaite régulièrement ouvrir ses portes à des philosophes, des écrivains, des sociologues, des musiciens … a cette fois-ci invité le compositeur, DJ et producteur Mo Laudi ainsi qu’une hypnothérapeute, Nora Marigny, pour imaginer des ondes phoniques qui auraient vocation à nous désintoxiquer de l’influence subliminale des écrans. Une façon de mettre en pause le regard, saturé d’images.

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Entrée de la galerie Iris Clert, lors de l’inauguration de l’exposition du « Vide », Paris, 1958 / Photo © Tous droits réservés

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Vue de l’exposition « Le Vide », Galerie Iris Clert, Paris, 1958 / Photo © Tous droits réservés

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Depuis celle proposée par Yves Klein en 1958 à la galerie Iris Clert, (La spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée), l’expérience du vide est un genre d’exposition en soi. Et c‘est à cette forme de radicalité que l’on pense, en découvrant Blue (1993) de Derek Jarman, tourné par celui-ci alors qu’il était quasiment aveugle. Le film est projeté au Credakino dans le cadre de l’exposition que le Centre d’art d’Ivry consacre à cette figure de la culture britannique, artiste, réalisateur et militant de la cause homosexuelle. Unique plan séquence d’un bleu intense et bande son signée Simon Fischer Turner, c’est un chef d’œuvre d’écoute contemplative.

Extrait de « Blue » (1993) / Photo Liam Daniel, Basilisk, Communications LTD

Par Anne-Cécile Sanchez

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