Nouvelle rubrique dédiée à celles et ceux qui façonnent le monde de l’art, qui, avant d’être des figures établies, ont eux aussi traversé une période d’émergence faite de rencontres, de repéreurs et de premières reconnaissances.
Un retour aux débuts, aux trajectoires encore fragiles, à ce qui précède la légende.
Retour sur les premières années de Marian Goodman, dont la disparition marque la fin d’une ère pour les galeries internationales.
Avant de devenir l’une des marchandes les plus respectées, elle s’engage d’abord dans des actions locales, étudie l’histoire de l’art à Columbia — seule femme de sa promotion — puis fonde Multiples, Inc., maison pionnière du livre d’artiste. En 1977, elle ouvre sa galerie pour offrir un espace à Marcel Broodthaers. Suivent Weiner, Penone, Baumgarten, Messager, Huyghe, Kentridge, Mehretu… Pendant cinq décennies, elle construit un dialogue transatlantique entre artistes européens et institutions américaines, tout en défendant une temporalité longue et une fidélité rare.
1956
En 1956, à New York, Marian Goodman s’oppose aux projets urbains de Robert Moses.
1962
En 1962, elle édite des tirages pour financer l’école de ses enfants.
Une initiative modeste qui révèle un intérêt durable pour l’édition et la diffusion.
1963
Elle intègre Columbia en histoire de l’art.
Seule femme de sa promotion.
Une formation académique qui nourrit une approche analytique du travail des artistes.
1965
Elle fonde Multiples, Inc.
Oldenburg, Lichtenstein, LeWitt, Smithson.
L’édition devient un outil de circulation des œuvres, hors du modèle classique de la galerie.
1968–1975
Elle circule régulièrement entre New York et l’Europe.
Rencontres déterminantes avec Broodthaers, Baumgarten et Penone.
Les scènes conceptuelles européennes structurent son regard.
1977
Faute de représentation pour Marcel Broodthaers à New York, elle ouvre sa galerie.
L’exposition inaugurale agit comme une prise de position intellectuelle.
La galerie se construit à partir des artistes, non du marché.
1977–1987
À contre-courant de SoHo, elle maintient la galerie à Midtown.
Les œuvres monumentales sont parfois hissées par les fenêtres à l’aide de grues.
Un fonctionnement atypique, pensé pour les œuvres avant le lieu.
1980
Constitution d’un roster international durable.
Gerhard Richter, Giuseppe Penone, Giovanni Anselmo, Lothar Baumgarten, Christian Boltanski, Annette Messager, Lawrence Weiner, Tacita Dean, Julie Mehretu, Pierre Huyghe.
Une fidélité rare dans le paysage des galeries.
La durée comme méthode
Marian Goodman privilégie des collaborations au long cours.
Elle résumait son approche :
« Pour comprendre un artiste, il faut lui consacrer un morceau de vie. »
Le corridor transatlantique
Elle introduit aux États-Unis une génération d’artistes européens encore peu visibles.
La galerie devient un pont durable entre scènes artistiques et institutions.Tom Eccles dira plus tard :
« Si vous aviez collectionné uniquement chez Marian Goodman pendant quarante ans, vous auriez aujourd’hui un musée. »
1995–1999
Ouverture d’un espace dans le Marais, puis installation rue du Temple.
Paris devient un point d’ancrage européen stable, à distance des effets de mode.
2014–2024
Ouverture à Londres en 2014, dans un espace conçu par David Adjaye.
Fermeture après le Brexit et la pandémie.
Los Angeles ouvre en 2023, Tribeca en 2024.
Transmission
Préparation progressive de la relève avec Rose Lord, Junette Teng, Emily-Jane Kirwan et Leslie Nolen.
Arrivée de Philipp Kaiser en 2019.
La galerie est pensée comme une structure pérenne.
Héritage
Une pratique fondée sur la durée, la confiance et la circulation institutionnelle des œuvres.
Un modèle qui continue d’influencer artistes, collectionneurs et musées.


















